encore à cause de Mikhaïl… » Et elle, comme une idiote, l’avait défendu. Devant tout le monde.
Elle avait créé une légende autour de son mari, un héros parfait dans un décor de roman à l’eau de rose.
Mais sa mère le lui avait toujours dit :
— Jenja, tu vis dans tes bouquins. La vraie vie, ce n’est pas ça. Les princes charmants, ils sont déjà pris à la maternelle.
Viens donc nourrir les poules et étendre le linge.
Mais Jenja n’en démordait pas. Elle rêvait d’ailleurs. Elle rêvait de ville, de modernité, de bonheur.
Et elle était partie. Elle avait laissé Stepan, le bon gars du village, les yeux pleins de tristesse, sur le quai de la gare routière.
Tu pars vraiment, Jenja ?
Elle l’avait regardé, sans une larme, persuadée que sa vie l’attendait ailleurs.
— Emmène la fille loin d’ici, avait-elle crié au conducteur, comme si c’était une fugue héroïque.
Et elle était partie.
Elle avait trouvé Mikhaïl à l’usine, s’était mariée en quatre mois. S’était jetée à corps perdu dans un
